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L'espace d'un instant arrêter la course du temps, qui dévore nos journées, nos semaines, nos mois et nos années... Choisir de rester là, sans forcément d'objectif à atteindre, et lâcher notre agenda, notre montre et nos soucis. 

Prendre 5 minutes pour soi, pour rien, pour tout. Se lever, allumer uniquement la lampe du bureau, prendre un bout de papier, un seul stylo et attendre une micro seconde, le regard fixé sur le halo de la lumière qui fait ressortir le blanc du papier.

Observer le stylo qu'on tient dans sa main, se rappeler du nom de sa texture, se concentrer sur la sensation que provoque son toucher, sur la couleur et l'épaisseur de son trait. Dans un soulagement : le libérer, le laisser tracer un premier trait et accepter les questions qui nous envahissent... "oui, je ne sais pas ce que je vais faire", puis laisser la pensée s'envoler en la remplaçant par un sourire, la satisfaction que rien n'est déterminé et qu'on est libre de ne pas savoir qu'en faire.  

 

Laisser l'attention se poser sur les sensations qui parcourent le stylo. Élégant mariage entre le papier et l'encre, il peut enfin prendre son envol, et emporter les pensées dans le tracé des traits. On déguste juste ce moment : un instant rien qu'à nous.  L'esprit se libère du regard qu'il porte sur la feuille et se donne des ailes, les bruits alentours sont là ; tranquilles et habituels.  

Le frigo et le chat ronronnent, le chien soupire et la mouche fait du tam-tam sur la vitre. Des bruits du quotidien qui ne nous dérangent pas, car ils font l'espace et le temps. Un espace que nous occupons ensemble, eux avec leurs vies, nous avec le bruit léger qui caresse la feuille au rythme de notre respiration. 

 

Puis, le dessin émerge au seuil de notre conscience. Au cours de tous ces événements nous n'avons que tracé 3, voir 4 traits, sans y faire attention. Des traits lents, sortis tout droit de nos sensations. Et pourtant, le dessin se révèle : on commence à avoir une idée de ce que ces traits vont former.  

Et c'est l'instant critique, celui où on peut basculer vers l'énergie suractive, pour finir le dessin. Comme si on avait peur d'oublier l'image qu'on veut former.  

 

Une pause, la pointe du stylo en l'air et l'esprit qui doit se calmer. On écoute à nouveau les bruits autour de nous, un oiseau chante au loin, le vent fait doucement bruisser les feuilles du vieil acacia...  On se rend compte qu'on respire, lentement et profondément.  

Ce n'est pas une lutte, ni un challenge, cela reste naturel. Tranquille, en paix, on pose à nouveau le stylo, et on évite d'aller trop vite. Le principe est de se caler à nouveau sur le rythme d'une respiration sereine.  

L'épaisseur de la fin de cette nuit d'hiver nous mitonne un manteau de silence, ponctué des petits bruits de la vie de la maison. Là, on reste unique et centré sur l'acte de construire cette petite feuille de papier ; de lui donner corps et âme.  

 

Ce n'est pas important de faire du figuratif. Ce n'est pas utile de faire du grand art. 

C'est juste important de faire quelque chose : quelque chose pour soi, ou à partager... Dans la simplicité du rythme de notre respiration. 

Visualiser qu'autour de nous, dans la ville, certains partent tôt ou rentrent tard du travail, d'autres sont encore au pays des rêves, ou même sont en train de déguster une boisson chaude dans les bras de leur canapé douillet. 

Et nous voilà, nous, assis à une table, ou dans un fauteuil, dessinant dans un halo chaleureux, avant de profiter de cette journée, ou de savourer notre nuit. 

 

En paix. Recentré. 

La plume en accord avec notre souffle.  

 🙂 Un p'tit dernier pour la route ? Lire l'article "En plein les yeux"

 

 @ bientôt sur Grafibulle 🙂