Note n°7
Je refermai doucement la porte du sous-sol derrière moi.
Le claquement du pêne résonna quelques instants dans la cage d’escalier avant d’être lentement absorbé par le silence de la maison. En remontant les marches, je sentis mon ventre se manifester pour la première fois depuis mon arrivée. Jusqu’ici, l’excitation de la découverte avait relégué les besoins les plus simples au second plan, mais la lumière qui filtrait à travers les vitres n’avait plus la même teinte. Elle était plus blanche, plus verticale. Sans montre, je ne pouvais en être certain, mais le soleil devait approcher de son zénith. Il devait être près de midi.
Je glissai machinalement les mains dans mes poches. J’y retrouvai mes clés, mon portefeuille, mon téléphone dont la batterie touchait dangereusement à sa fin… mais rien d’autre. Pas même un vieux bonbon oublié ou une barre de céréales écrasée au fond d’une poche. Un sourire m’échappa. J’étais parti explorer une vieille demeure en pensant être de retour avant le déjeuner. Voilà pourtant plusieurs heures que je suivais les indices laissés par un inconnu, comme si la maison avait fini par m’imposer son propre rythme.
En traversant la cuisine, une idée aussi absurde qu’évidente me traversa l’esprit. Après tout, peut-être restait-il encore quelque chose à manger.
J’ouvris les placards les uns après les autres. Ils exhalaient cette odeur sèche du bois ancien que l’on retrouve dans les maisons fermées depuis longtemps. Quelques assiettes ébréchées, des bocaux oubliés depuis des décennies, des casseroles couvertes d’une fine poussière grise… Rien qui puisse calmer ma faim. En revanche, lorsque je tournai le robinet de l’évier, un mince filet d’eau se mit à couler. Je restai quelques secondes à le regarder, presque surpris qu’un élément aussi banal puisse encore fonctionner ici. Je bus longuement dans le creux de mes mains. L’eau était fraîche, avec ce léger goût métallique des vieilles canalisations, mais elle me fit un bien immédiat. Pendant quelques instants, la maison me sembla presque accueillante.
Je refermai le robinet en songeant qu’il était sans doute temps de rentrer.
Je traversai le hall et gagnai la grande porte d’entrée. Ce n’est qu’au moment où je voulus l’ouvrir que je réalisai ce qui m’avait totalement échappé en entrant. Il n’y avait pas non plus de poignée du côté intérieur.
Intrigué, je me tournai vers les grandes portes-fenêtres du hall qui donnaient sans doute sur un jardin. Là encore, les plantes avait gagné la partie. Ses tiges épaisses s’enroulaient autour des poignées, s’insinuaient entre les montants, forçaient les joints et semblaient même avoir commencé à soulever certaines lames du parquet. Les plantes n’habillaient plus la maison ; elles étaient en train de la reprendre, lentement, comme une marée verte qui avançait sans bruit depuis des années.
Je demeurai quelques instants immobile au milieu du hall. Autour de moi, le silence était si dense qu’il semblait absorber jusqu’au son de ma respiration. Aucune sortie ne paraissait réellement accessible.
Mon regard finit par se poser sur l’escalier. C’était désormais la seule direction qui s’offrait à moi.
Je montai lentement les marches. Le bois se plaignait sous mon poids avec de longs craquements étouffés, tandis que la lumière devenait plus diffuse à mesure que je prenais de la hauteur. Lorsqu’enfin j’arrivai à l’étage, je découvris un étroit couloir baigné d’une clarté verdâtre. Une chambre s’ouvrait sur ma gauche, une autre lui faisait face de l’autre côté. Plus loin, au bout du couloir, une petite fenêtre laissait pénétrer une lumière timide, presque entièrement filtrée par les plantes qui avaient envahi l’extérieur. Les feuilles dessinaient sur le plancher des ombres mouvantes, comme si le vent faisait onduler la lumière elle-même.
Je restai un moment sans avancer. Devant moi s’offraient quatre nouvelles pièces, quatre nouvelles pistes… et cette sensation, de plus en plus nette, que la maison ne cherchait pas à me perdre. Elle semblait, au contraire, me conduire exactement là où elle voulait que j’aille.

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