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La Lettre de Grafibulle du 10 juillet

    Note n°8

    Je demeurai quelques instants immobile au milieu du couloir. Les deux portes du fond auraient sans doute mérité toute mon attention, mais quelque chose m’attirait vers la chambre de gauche. Peut-être parce qu’elle était déjà ouverte, comme si elle n’attendait qu’un visiteur.

    Je poussai doucement la porte.

    L’atmosphère y était différente. Plus sèche, plus douce aussi. La fenêtre, située sur le mur du fond, laissait encore pénétrer un peu de lumière malgré les plantes qui s’accrochaient à l’extérieur. Ici, le lierre semblait moins envahissant. Les rideaux, devenus couleur ivoire avec le temps, tamisaient les rayons du soleil et diffusaient une clarté presque apaisante.

    La chambre paraissait suspendue hors du temps.

    Le grand lit deux places occupait le centre de la pièce. Son couvre-lit, orné de délicats motifs floraux, avait perdu l’éclat de ses couleurs, mais conservait une élégance discrète. De chaque côté, une table de nuit témoignait qu’on avait dormi ici à deux. Au-dessus de la tête de lit, un grand tableau représentait un jardin en fleurs. Malgré les années, il se dégageait de cette scène une sérénité qui contrastait avec l’abandon du reste de la maison.

    À droite de la porte, une imposante armoire en bois occupait le mur. Sa porte était fermée. Une grande lampe sur pied, légèrement penchée, semblait attendre qu’une main vienne rallumer sa lumière.

    Je décidai de commencer par la table de nuit située à droite du lit.

    Le tiroir coulissa difficilement. À l’intérieur, une paire de lunettes était soigneusement repliée à côté d’un petit pilulier qui contenait encore quelques comprimés. En dessous reposait un roman. Un mouchoir en tissu, glissé entre deux pages, faisait office de marque-page. En le retirant, je remarquai plusieurs petites taches brunâtres. Le temps les avait assombries, mais je ne pus m’empêcher de penser à du sang.

    Je restai quelques instants immobile. La maladie traversa mon esprit sans que je puisse lui donner un visage. Je reposai délicatement le livre à sa place et me dirigeai vers l’autre table de nuit.

    Son tiroir contenait bien moins d’objets. Un petit carnet à couverture noire, un crayon dont l’extrémité avait été longuement mâchouillée, et quelques feuilles volantes soigneusement pliées.

    J’ouvris le carnet. Je m’attendais à découvrir un journal intime.

    À la place, je tombai sur des pages couvertes d’une écriture serrée, de schémas, de croquis techniques, de tableaux de mesures et de calculs dont je ne comprenais pas le sens. Tout semblait méthodique, précis, presque obsessionnel. Ce n’était pas le carnet d’un rêveur. C’était celui de quelqu’un qui observait, expérimentait et consignait chacune de ses découvertes.

    Je tournai plusieurs pages. Puis je m’arrêtai. L’une d’elles avait été soigneusement arrachée. Pas dans la précipitation.

    La découpe était nette, presque délicate, comme si cette feuille avait été emportée avec l’intention de la conserver. Un souvenir, peut-être. Ou le résultat d’une recherche suffisamment importante pour ne pas être abandonné ici.

    Je refermai lentement le carnet.Toujours aucune date.

    Pourtant, en quittant cette table de nuit, j’avais l’impression d’avoir fait un pas de plus. Je ne savais toujours pas qui avaient été les occupants de cette chambre, mais je commençais à comprendre qu’ils ne partageaient pas seulement cette pièce. L’un semblait lutter contre la maladie. L’autre poursuivait inlassablement des recherches dont j’ignorais encore tout.

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