« Je m’approchai lentement de la petite porte.
À présent, le ronronnement semblait provenir directement de l’autre côté du bois. Je le sentais presque autant que je l’entendais, comme une vibration discrète qui traversait les murs de la vieille maison.
Je tendis la main. Puis je m’arrêtai. Le bruit venait de cesser. D’un seul coup.
Le silence qui suivit me parut étrange. Trop complet. Comme si toute la maison retenait son souffle en même temps que moi. Je restai immobile quelques secondes, la main suspendue devant la poignée. Puis quelque chose redémarra derrière la porte. Lentement. Dans un grondement sourd qui semblait monter des profondeurs de la demeure.
Je déglutis.
Et cette fois, j’abaissai la poignée.
La poignée s’abaissa sans résistance. »
Note n°4
« Derrière la porte se trouvait un petit palier à peine plus grand qu’un placard. Un escalier de bois longeait ensuite le mur et disparaissait vers les profondeurs de la maison.
Je m’attendais presque à retrouver la végétation qui avait envahi le hall. Pourtant, ici, aucune plante ne recouvrait les murs. À leur place, d’immenses toiles d’araignée occupaient les angles et les poutres, formant par endroits de véritables voiles grisâtres que les années semblaient avoir épaissis.
Une seule exception attirait le regard.
Un lierre solitaire remontait lentement le long du mur. Sa tige disparaissait dans l’obscurité en contrebas tandis que ses feuilles cherchaient obstinément la faible lumière qui filtrait entre les lattes disjointes du bardage extérieur.
L’air était différent ici.
Plus frais, mais aussi beaucoup plus humide.
Une humidité lourde, presque stagnante, qui semblait remonter lentement de l’escalier. Elle s’accrochait au bois de la rampe, aux murs, jusqu’à mes vêtements. Plus que l’odeur, c’était une sensation. Quelque chose qui prenait aux tripes et donnait l’impression que les profondeurs de la maison respiraient lentement sous mes pieds.
Le ronronnement semblait plus proche désormais, sans que je puisse en déterminer l’origine. Il résonnait dans l’escalier, dans les murs, jusque dans le bois humide des marches. Par moments, il me semblait même se renforcer à proximité du lierre avant de disparaître à nouveau dans les profondeurs de la maison. Plus je tendais l’oreille, plus il me donnait l’impression de provenir d’un espace beaucoup plus vaste que ce que la maison pouvait contenir.
Je posai une main sur la rampe.
Puis je commençai à descendre.
Ma manche accrocha au passage quelques feuilles du lierre. La tige céda à peine sous le contact, avec une rigidité surprenante pour une plante qui semblait avoir poussé seule dans cet endroit oublié. Je n’y prêtai cependant guère attention.
Les marches grinçaient doucement sous mes pas tandis que l’humidité devenait plus présente à mesure que je m’enfonçais sous la maison. Derrière moi, la faible lumière du palier s’éloignait lentement. Devant, l’obscurité semblait absorber le bruit, la lumière et jusqu’à la notion du temps.
Le ronronnement, lui, continuait de m’accompagner.
Et plus je descendais, plus j’avais la certitude étrange qu’il ne provenait pas d’une machine.
Mais de quelque chose de bien plus vaste. »
