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La Lettre de Grafibulle du 31 juillet

    Note n°11

    En franchissant la porte de la bibliothèque, mon regard est aussitôt attiré par un imposant bureau de bois massif. Il domine la pièce avec une présence presque solennelle, comme s’il attendait encore le retour de son propriétaire. Derrière lui, une fenêtre laisse entrer une lumière douce que le feuillage filtre par endroits. Deux fauteuils lui font face, prêts à accueillir d’hypothétiques visiteurs.

    Tout autour, la végétation grimpante s’est discrètement installée. Elle serpente entre les rayonnages, enlace les montants des bibliothèques et grimpe autour des deux fenêtres sans pour autant étouffer les lieux. Au centre de la pièce, une table basse entourée de fauteuils de lecture invite naturellement à s’asseoir. Malgré les années et le végétal qui gagne lentement du terrain, la bibliothèque dégage une atmosphère étonnamment paisible, comme si elle attendait simplement qu’un lecteur revienne ouvrir un livre.

    Je m’approchai du bureau. De près, il paraissait encore plus imposant que je ne l’avais imaginé. Le bois sombre portait les marques du temps sans avoir perdu de sa prestance. Sur son plateau, des feuilles étaient éparpillées, couvertes de schémas et de notes où se mêlaient informatique et biologie. Je reconnus quelques mots sans vraiment en saisir le sens.

    À côté, plusieurs ouvrages avaient été sortis des rayonnages. Leurs titres évoquaient la conservation des tissus biologiques, les techniques de laboratoire, les systèmes de réfrigération ou encore l’instrumentation scientifique. Un vieux téléphone beige des années quatre-vingt-dix occupait un coin du bureau, comme s’il pouvait encore sonner d’un instant à l’autre.

    Je contournai le bureau.

    Le premier tiroir ne contenait rien de très surprenant : quelques stylos, des crayons à papier, une gomme, une règle, des trombones, une vieille agrafeuse… le nécessaire d’un bureau utilisé quotidiennement.

    J’ouvris le deuxième tiroir. Une épaisse liasse de courriers y était soigneusement rangée, accompagnée de plusieurs dossiers. Les quelques mots que j’aperçus au hasard d’une feuille — protocole, analyse, validation — ne m’évoquèrent pas grand-chose.

    En retirant délicatement la liasse de lettres, je découvris un petit Post-it jauni resté collé au fond du tiroir. Je le décollai avec précaution ; quelques mots, griffonnés à la hâte au stylo noir, y étaient inscrits comme un simple aide-mémoire.

    X : planète rouge + herbe Provence

    Y : cube numéroté + cachet noble ancien

    Z : précédents / tjs là

    Je relus les trois lignes à plusieurs reprises, sans parvenir à leur donner le moindre sens. Elles n’avaient pourtant rien d’une note laissée à la hâte ni d’un banal pense-bête : tout, dans leur formulation, donnait l’impression qu’elles constituaient une succession d’indices destinés à retrouver quelque chose, ou peut-être simplement à raviver un souvenir que leur auteur craignait d’oublier.

    Je finis par replier soigneusement le Post-it avant de le glisser dans ma poche, persuadé que sa signification finirait bien par apparaître au fil de mes découvertes.

    Je reportai alors mon attention sur le troisième tiroir. Son contenu contrastait avec celui des précédents : deux romans de science-fiction y reposaient côte à côte, accompagnés de quelques papiers personnels. Les couvertures, légèrement passées par le temps, et les pages cornées témoignaient de plusieurs lectures. Cette simple découverte suffisait à nuancer l’image que je m’étais progressivement construite de l’ancien propriétaire. Derrière le scientifique entouré de protocoles, de schémas et de dossiers techniques se cachait aussi un homme qui prenait le temps de s’évader dans des univers imaginaires.

    Ne restait plus que le dernier tiroir.

    Convaincu d’achever mon exploration du bureau, j’en saisis la poignée et tirai doucement. Le meuble ne céda pas. J’essayai de nouveau, cette fois avec davantage de fermeté, pensant que le bois avait peut-être travaillé avec les années, mais le résultat fut exactement le même.

    Ce n’est qu’en me penchant un peu plus près que j’aperçus une petite serrure discrètement encastrée dans la façade. Le tiroir n’était pas bloqué ; il était verrouillé.

    Mon regard se posa instinctivement sur la poche où j’avais rangé le Post-it. Était-ce une simple coïncidence si ces quelques lignes énigmatiques avaient été dissimulées dans le même bureau qu’un tiroir fermé à clé ? J’en doutais de plus en plus et, sans pouvoir encore l’expliquer, j’avais la conviction que les deux étaient liés. Si une réponse existait, elle se trouvait probablement quelque part dans cette bibliothèque.

    Les retours sur les créations sont une mine d’or pour motiver l’auteur 🙂 n’hésitez pas à me dire ce qui vous plaît ou revenir sur des idées affichées par ici ! ♥ Merci infiniment ♥
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